Si vous avez déjà essayé d’utiliser votre Bitcoin sur une plateforme DeFi comme Uniswap ou Aave, vous avez probablement rencontré un mur : Bitcoin ne peut pas nativement interagir avec Ethereum. C’est là qu’interviennent les jetons enveloppés. Ils ne sont pas une curiosité technique, mais une solution indispensable qui permet à des actifs bloqués sur une blockchain de circuler librement sur une autre. En 2026, plus de 80 % des transactions cross-chain passent par ces jetons. Sans eux, le DeFi serait un écosystème fragmenté, inutilisable pour la majorité des détenteurs de crypto.
Comment fonctionnent les jetons enveloppés ?
Un jeton enveloppé, comme le WBTC (Wrapped Bitcoin) ou le wETH (Wrapped Ethereum), est une version tokenisée d’un actif natif. Il n’est pas une nouvelle crypto, mais une représentation fidèle, 1:1, de l’actif d’origine. Voici comment ça marche en quatre étapes simples :
- Vous déposez votre Bitcoin (BTC) dans un portefeuille sécurisé géré par un custodien, comme BitGo.
- En échange, un contrat intelligent sur Ethereum crée un nombre équivalent de jetons WBTC, conformes au standard ERC-20.
- Vos WBTC peuvent maintenant être utilisés sur n’importe quelle application DeFi : vous les prêtez sur Aave, vous les échangez sur Uniswap, ou vous les utilisez comme garantie sur Synthetix.
- Quand vous voulez récupérer votre Bitcoin original, vous brûlez vos WBTC - ce qui déclenche la restitution de vos BTC sur la chaîne Bitcoin.
Cette méthode garantit que chaque WBTC est toujours soutenu par un BTC réel. Les audits mensuels de BitGo, vérifiés par Armanino LLP, confirment cette couverture à 100 %. C’est ce qui rend le système crédible. Si vous voyez 11,3 milliards de dollars de WBTC en circulation, c’est parce que 11,3 milliards de BTC sont verrouillés en sécurité.
Les deux modèles principaux : verrouillage vs destruction
Pas tous les jetons enveloppés fonctionnent de la même manière. Il existe deux architectures dominantes, chacune avec ses avantages et ses risques.
Le modèle de verrouillage et émission (lock and mint) est le plus répandu. Il représente 78 % des ponts cross-chain selon le Blockchain Council. Il repose sur des réserves d’actifs natifs gardées en sécurité par un tiers. C’est le cas de WBTC, wETH, ou même renBTC. Le problème ? Ces réserves deviennent des cibles. En 2022, les ponts ont subi 2,3 milliards de dollars de pertes à cause d’attaques sur ces réserves. Si un custodien est piraté, ou s’il fait faillite, les utilisateurs perdent leurs actifs.
Le modèle de destruction et émission (burn and mint) est plus élégant. Il ne nécessite pas de réserves. Avec Chainlink CCIP, par exemple, quand vous déplacez de l’ETH de Ethereum vers Binance Smart Chain, vos ETH sont détruits sur Ethereum et des wETH sont créés sur BSC en même temps. Pas de réserves. Pas de point central de défaillance. Mais il exige que chaque chaîne cible ait un contrat natif pour l’actif. C’est plus complexe à mettre en œuvre, mais plus sûr. Chainlink CCIP, lancé en octobre 2023, supporte déjà 11 chaînes avec ce modèle.
En 2026, les ponts basés sur le verrouillage détiennent encore 63 % du marché. Mais les ponts burn-and-mint gagnent 47 % par trimestre en adoption. Ce n’est pas une question de mode, c’est une question de sécurité.
Les jetons les plus utilisés : WBTC, wETH, et les autres
Quels sont les jetons enveloppés qui comptent vraiment ?
- WBTC (Wrapped Bitcoin) : Il représente 82 % de tout le Bitcoin enveloppé. Avec 11,3 milliards de dollars en TVL (Total Value Locked), c’est le roi des jetons enveloppés. Il est utilisé dans 23 % de la liquidité DeFi d’Ethereum, selon Dune Analytics.
- wETH (Wrapped Ethereum) : Avec 38,7 milliards de dollars en circulation, c’est le jeton le plus utilisé dans les protocoles DeFi. Il permet d’échanger facilement des ETH contre des stablecoins ou des tokens DeFi sans avoir à convertir en USD.
- renBTC : Il a eu un bon départ, mais après une attaque de 28 millions de dollars en janvier 2022, sa part de marché a chuté à 12 %. Il est maintenant en déclin.
Le wETH est tellement intégré que la plupart des dApps Ethereum l’acceptent comme monnaie native. Vous n’avez même pas besoin de le « convertir » - il fonctionne comme de l’ETH normal. C’est pourquoi il est le fondement de presque tous les swaps DeFi.
Les avantages : plus de liquidité, plus d’opportunités
Les jetons enveloppés n’existent pas pour faire du bruit. Ils résolvent un problème concret : la fragmentation.
Avant leur apparition, les détenteurs de Bitcoin étaient exclus du DeFi. Aujourd’hui, plus de 412 000 BTC - soit 14,2 milliards de dollars - sont enveloppés sur différentes chaînes. Ces actifs dorment maintenant dans des protocoles de prêt, d’échange ou de staking. Ils génèrent des rendements. Un utilisateur de Reddit a rapporté avoir gagné 6,2 % de rendement annuel en prêtant ses WBTC sur Aave en 2023. Sans jetons enveloppés, ce profit était impossible.
Les plateformes comme Changelly ou MetaMask ont rendu ce processus accessible. Une étude de 2023 montre que 87 % des utilisateurs peuvent envelopper un jeton en moins de 5 minutes. Le problème n’est plus technique, c’est de confiance.
Les risques : centralisation, vulnérabilités et pannes
Mais les jetons enveloppés ne sont pas parfaits. Ils créent de nouveaux risques.
Le plus grand danger ? La centralisation. WBTC repose sur 18 commerçants approuvés et un seul custodien : BitGo. Si BitGo est piraté, ou si les autorités le forcent à geler les actifs, 9,8 milliards de dollars de WBTC pourraient disparaître. L’SEC a déjà suggéré en 2023 que ces jetons pourraient être classés comme des valeurs mobilières si le custodien a un contrôle excessif. Cela pourrait changer leur statut juridique.
Les ponts eux-mêmes sont vulnérables. En 2022, une attaque sur le pont Wormhole a coûté 12 500 dollars à un utilisateur qui avait déposé du wETH sur Solana. Les fonds n’ont jamais été récupérés. Les audits de sécurité, comme ceux de CertiK ou Immunefi, montrent que les ponts basés sur des réserves sont 63 % plus ciblés par les pirates que les systèmes burn-and-mint.
Et puis il y a la question du peg. Pendant la crise bancaire de mars 2023, le WBTC a perdu jusqu’à 4,7 % de sa valeur par rapport au BTC. Les marchés ont paniqué, et les arbitragistes n’ont pas pu rétablir l’équilibre immédiatement. Cela n’arrive pas souvent, mais ça arrive.
Que nous réserve l’avenir ?
Les experts sont divisés. Alex Svanevik de Changelly appelle les jetons enveloppés « le passeport de la crypto ». Chainlink affirme que leur modèle burn-and-mint rend les jetons « natifs sur chaque chaîne ». Mais Preston Van Loon, développeur d’Ethereum, les qualifie de « piratage temporaire qui crée des surfaces d’attaque inutiles ».
La réalité est plus nuancée. Les jetons enveloppés sont une solution de transition. Ils permettent à l’écosystème DeFi de croître aujourd’hui, alors que les solutions natives - comme l’IBC de Cosmos ou l’XCMP de Polkadot - sont encore en développement. Selon Delphi Digital, le volume quotidien des transactions cross-chain via jetons enveloppés devrait atteindre 42 milliards de dollars d’ici 2025.
Leur avenir dépendra de deux choses : la régulation et la technologie. Si les autorités exigent des audits transparents et des réserves à 100 % vérifiables, les modèles centralisés survivront. Si les protocoles comme Chainlink CCIP ou Axelar deviennent les normes, les jetons enveloppés disparaîtront progressivement au profit de transferts natifs.
En attendant, ils restent indispensables. 92 % des investisseurs institutionnels interrogés par Fidelity en 2023 ont déclaré que la compatibilité cross-chain était « essentielle » pour l’adoption du crypto. Sans jetons enveloppés, cette compatibilité n’existerait pas.
Quelle est la différence entre un jeton enveloppé et un jeton natif ?
Un jeton natif est la version originale d’une crypto sur sa blockchain principale - par exemple, le BTC sur Bitcoin ou l’ETH sur Ethereum. Un jeton enveloppé est une représentation de ce jeton sur une autre blockchain. Le WBTC est une version de BTC sur Ethereum, mais il n’est pas BTC lui-même - c’est un token ERC-20 qui a une valeur égale à 1 BTC. Il est créé et détruit selon des règles strictes pour maintenir cette égalité.
Pourquoi utiliser WBTC plutôt que BTC directement sur Ethereum ?
Parce que Bitcoin ne supporte pas les contrats intelligents. Ethereum, lui, permet de créer des applications comme des prêts, des échanges ou des assurances. Pour utiliser votre BTC dans ces applications, vous devez le transformer en WBTC. Sinon, votre BTC reste bloqué sur la chaîne Bitcoin, inutilisable pour le DeFi.
Les jetons enveloppés sont-ils sûrs ?
Ils sont plus sûrs qu’il y a cinq ans, mais pas parfaits. Les jetons comme WBTC et wETH sont soutenus par des audits mensuels et des réserves vérifiables. Mais ils dépendent encore de tiers de confiance. Les ponts burn-and-mint comme ceux de Chainlink sont plus sûrs car ils n’ont pas de réserves. Le risque principal vient des attaques sur les ponts ou des faillites des custodians. Vérifiez toujours les audits et privilégiez les protocoles avec des preuves de couverture publiques.
Comment vérifier que mes jetons enveloppés sont bien soutenus ?
Utilisez Etherscan pour consulter le contrat du jeton (par exemple, WBTC). Vérifiez le nombre total en circulation. Ensuite, allez sur le site du custodien - BitGo pour WBTC - et consultez leur rapport de réserves mensuel. Les deux chiffres doivent correspondre. Si vous voyez 10 milliards de WBTC en circulation, il doit y avoir 10 milliards de BTC verrouillés. Si ce n’est pas le cas, il y a un problème.
Puis-je perdre mes jetons enveloppés en cas de piratage d’une chaîne ?
Oui, mais pas directement. Vos jetons enveloppés existent sur la chaîne où vous les utilisez - par exemple, WBTC sur Ethereum. Si Ethereum est attaqué, vos WBTC pourraient être volés comme n’importe quel autre token ERC-20. Mais vos BTC d’origine restent en sécurité dans le portefeuille du custodien. Le risque vient surtout du pont : si le pont est piraté, il peut créer des jetons sans les backing, ou les bloquer. C’est pourquoi les ponts audités sont préférables.