Le Bangladesh impose l’un des régimes les plus stricts d’Asie pour contrôler les cryptomonnaies, mais il n’a jamais voté de loi spécifique pour les interdire. Au lieu de cela, il utilise des lois existantes - vieilles de décennies - pour poursuivre ceux qui utilisent des bitcoins ou d’autres actifs numériques. C’est une approche floue, mais elle fonctionne. En 2024, plusieurs personnes ont été arrêtées à Dhaka pour avoir exploité des fermes de minage clandestines. Pour les autorités, ce n’était pas du minage. C’était du blanchiment d’argent.
Comment le Bangladesh interdit les cryptomonnaies sans loi
La Banque du Bangladesh, son autorité monétaire, a lancé son premier avertissement contre les cryptomonnaies en 2014. Depuis, elle n’a cessé de renforcer son ton. En 2017, elle a déclaré que les transactions en crypto étaient illégales en raison des risques de blanchiment et de financement du terrorisme. Pourtant, il n’existe aucune loi qui dit explicitement : « Vous ne pouvez pas posséder du Bitcoin ». Ce qui est interdit, c’est d’utiliser les cryptomonnaies pour contourner les lois sur les changes et les transferts d’argent.
Les autorités s’appuient sur deux textes anciens : la Loi sur les régulations des changes étrangers de 1947 et la Loi anti-blanchiment de 2012. La première interdit toute transaction en devises étrangères non déclarée. La seconde permet de poursuivre toute activité financière suspecte, même si elle passe par des portefeuilles anonymes comme les wallets TRC20. En 2025, un mineur a été condamné à deux ans de prison non pour avoir miné, mais pour avoir transféré des fonds en crypto vers l’étranger sans autorisation - ce qui enfreint la loi de 1947.
Le minage, une activité criminelle
Le minage de cryptomonnaies est explicitement interdit au Bangladesh. Pas parce qu’il y a une loi contre les ASICs, mais parce que les autorités considèrent que ces installations consomment trop d’électricité, créent des transactions non traçables, et servent souvent à masquer des flux d’argent illicites. En 2024, la police a mené une opération à Gazipur, où six individus utilisaient des centaines de cartes graphiques pour miner du Bitcoin. Les appareils ont été confisqués, les ordinateurs scellés. Les mineurs ont été arrêtés pour violation de la loi anti-blanchiment et pour avoir détourné l’électricité publique.
Contrairement au Pakistan, qui a créé une autorité dédiée aux actifs numériques en 2025 et alloue 2 000 mégawatts pour le minage, le Bangladesh traite chaque ferme de minage comme un crime financier. Il n’y a pas de licence, pas de cadre, pas de zone franche. Juste des arrestations.
Blockchain oui, crypto non : une contradiction
En 2020, le Conseil national de l’informatique du Bangladesh a publié une stratégie nationale sur la blockchain. Elle prévoit d’utiliser cette technologie pour les registres fonciers, les identités numériques et les systèmes de gouvernance électronique. C’est clair. C’est officiel. C’est même soutenu par l’État.
Alors pourquoi interdire les cryptomonnaies ? Parce que la blockchain, pour les autorités, est un outil technique. Les cryptomonnaies, elles, sont une menace. L’un peut être contrôlé. L’autre, non. Une blockchain gouvernementale est centralisée, traçable, supervisée. Un portefeuille Bitcoin, lui, est anonyme, décentralisé, et hors de portée des banques.
Cette contradiction crée de la confusion. Les entreprises qui veulent utiliser la blockchain pour moderniser leurs systèmes de paiement ne savent pas si elles risquent d’enfreindre la loi. Les développeurs qui construisent des applications sur Ethereum ne savent pas si leur code pourrait être considéré comme un outil de blanchiment. La frontière entre technologie et usage est floue - et c’est précisément ce que les autorités veulent.
Comment les gens continuent d’utiliser les cryptos malgré l’interdiction
Malgré les arrestations, les transferts en crypto continuent. Pas par les grandes plateformes. Pas par les échanges officiels. Mais par des canaux informels : des messagers cryptés, des transferts P2P via des portefeuilles mobiles, des transactions en cash contre des QR codes. Les utilisateurs utilisent des wallets TRC20 parce qu’ils sont rapides, peu coûteux, et difficiles à suivre.
Un étudiant à Chittagong a déclaré en 2025 qu’il envoyait de l’argent à sa famille en Inde via des crypto-paiements. « Je n’utilise pas Binance. Je ne me connecte à aucun site. Je donne un QR code à un ami. Il paie en taka. Je reçois en USDT. Personne ne sait rien. »
Ces transactions sont invisibles aux banques. Elles ne passent pas par les systèmes de surveillance traditionnels. La Banque du Bangladesh ne peut pas les bloquer. Elle ne peut que poursuivre les personnes après coup - et seulement si elle a des preuves de blanchiment ou de transfert illégal de devises.
Les risques pour les utilisateurs : prison et confiscation
Si vous êtes arrêté pour avoir utilisé des cryptomonnaies au Bangladesh, vous ne serez pas inquiété pour avoir acheté du Bitcoin. Vous serez inquiété pour avoir utilisé cette crypto pour transférer de l’argent à l’étranger, pour payer des services illégaux, ou pour contourner les limites de change.
Les peines peuvent aller jusqu’à cinq ans de prison selon la Loi anti-blanchiment de 2012. Les biens utilisés - ordinateurs, smartphones, comptes bancaires - peuvent être confisqués. Les entreprises qui acceptent les paiements en crypto risquent la fermeture immédiate. En 2023, un petit commerce à Sylhet a été fermé après qu’un client a payé 500 $ en USDT. Les autorités ont découvert que l’argent provenait d’un compte lié à un réseau de fraude en ligne.
Il n’y a pas de « mise en garde » ou de « sanction administrative ». Ici, c’est directement la justice pénale.
Un pays isolé dans la région
Le Pakistan a créé un cadre légal pour les cryptomonnaies en 2025. Il a mis en place une autorité de régulation, des licences pour les échanges, et même un « réservoir stratégique de Bitcoin » pour stabiliser sa monnaie. Le Bangladesh, lui, reste figé dans une logique de blocage.
Cela le rend isolé. Les investisseurs étrangers évitent le pays. Les startups technologiques déplacent leurs équipes vers l’Inde ou la Malaisie. Les jeunes développeurs apprennent le code sur Ethereum, mais ne peuvent pas l’utiliser. Les transferts d’argent des travailleurs bangladais à l’étranger, qui valent des milliards chaque année, sont encore majoritairement effectués par des intermédiaires informels - souvent en cash ou en crypto.
Le Bangladesh est devenu un exemple de ce que la peur du blanchiment peut faire : non pas protéger le système financier, mais le paralyser.
Le manque de conformité internationale
Le Groupe d’action financière (GAFI) exige que les pays régulent les actifs virtuels comme des instruments financiers. Le Bangladesh ne le fait pas. Il ne déclare pas les transactions crypto, ne suit pas les flux, ne forme pas les banques à les détecter. Il ne respecte pas la Recommandation 15 du GAFI.
Cela a des conséquences. Les banques internationales refusent parfois de traiter avec des institutions bangladaises. Les entreprises locales ne peuvent pas intégrer les paiements en crypto avec des partenaires étrangers. Les investisseurs étrangers voient le Bangladesh comme un risque élevé - pas pour la corruption, mais pour l’incertitude juridique.
La Banque mondiale et le FMI ont déjà mis en garde le pays. Mais aucune réforme n’a été engagée. La priorité reste la stabilité du taka - pas l’innovation.
Et les impôts ?
Il n’y a pas de taxe spécifique sur les cryptomonnaies. Mais le Bureau national des impôts applique l’Ordinance sur l’impôt sur le revenu de 1984. Si vous vendez du Bitcoin et réalisez un profit, vous devez le déclarer comme revenu. Mais comment le prouver ? Les portefeuilles sont anonymes. Les banques ne voient rien. Les autorités fiscales n’ont pas les outils pour tracer les transactions.
En pratique, très peu de gens déclarent leurs gains crypto. Et aucune poursuite n’a été menée pour non-déclaration. L’État n’a pas les moyens de contrôler. Il n’a pas non plus les volontés politiques de créer un système de suivi. Alors il préfère ignorer.
Que se passera-t-il ensuite ?
Le ministère des Finances pourrait un jour proposer une loi. Mais pour l’instant, tout indique que la répression restera la norme. Les arrestations continueront. Les fermes de minage seront démantelées. Les utilisateurs continueront à contourner les règles. Et les entreprises, elles, attendront.
La technologie ne s’arrête pas. Les jeunes Bangladais apprennent le code. Les wallets se déplacent. Les transferts internationaux se font en crypto. Le gouvernement peut interdire. Il ne peut pas empêcher. Et plus il tarde à créer un cadre clair, plus le marché souterrain grandit - et plus il devient difficile à contrôler.
Le Bangladesh a choisi la peur. Mais la peur ne protège pas. Elle rend vulnérable.
Est-ce que posséder des cryptomonnaies est illégal au Bangladesh ?
Non, posséder des cryptomonnaies n’est pas explicitement illégal. Mais toute utilisation - transfert, échange, minage - est interdite car elle peut être considérée comme une violation des lois sur les changes étrangers ou le blanchiment d’argent. Les autorités ne poursuivent pas les détenteurs, mais celles et ceux qui utilisent les cryptos pour transférer de l’argent à l’étranger ou pour dissimuler des fonds illicites.
Pourquoi la Banque du Bangladesh interdit-elle les cryptomonnaies ?
La Banque du Bangladesh craint que les cryptomonnaies ne facilitent le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la fuite de capitaux. Elle considère que les transactions anonymes et décentralisées menacent la stabilité du système financier national. Son objectif est de protéger le taka et de maintenir le contrôle sur les flux monétaires.
Les mineurs de cryptomonnaies sont-ils poursuivis ?
Oui. En 2024, plusieurs mineurs ont été arrêtés à Dhaka et Gazipur. Ils n’ont pas été poursuivis pour minage en soi, mais pour avoir utilisé l’électricité publique sans autorisation et pour avoir transféré des fonds en crypto vers l’étranger - ce qui enfreint la loi de 1947 sur les changes étrangers. Les peines peuvent atteindre cinq ans de prison.
Le Bangladesh suit-il les normes internationales du GAFI ?
Non. Le Bangladesh ne respecte pas la Recommandation 15 du GAFI, qui exige que les pays régulent les actifs virtuels comme des instruments financiers. Il ne surveille pas les transactions crypto, ne forme pas les banques à les détecter, et ne déclare pas les risques liés aux cryptomonnaies. Cette non-conformité limite ses partenariats financiers internationaux.
Quelle est la différence entre la blockchain et les cryptomonnaies au Bangladesh ?
Le gouvernement accepte la blockchain pour des usages internes : registres fonciers, identités numériques, e-gouvernance. Mais il interdit les cryptomonnaies parce qu’elles sont décentralisées, anonymes, et hors de contrôle. La blockchain, dans ce contexte, est un outil de gestion. Les cryptomonnaies, un risque pour la souveraineté monétaire.