Si vous avez déjà attendu une heure ou plus pour qu’une transaction Bitcoin soit confirmée, vous savez à quel point le réseau principal peut être lent. C’est là que le Liquid Network entre en jeu. Ce n’est pas une alternative à Bitcoin, mais une extension conçue pour répondre à des besoins spécifiques : des transactions plus rapides, une confidentialité accrue et la possibilité d’émettre des actifs tokenisés - tout en restant connecté à la valeur de Bitcoin lui-même.
Qu’est-ce que le Liquid Network ?
Le Liquid Network est une sidechain fédérée de Bitcoin, lancée officiellement le 27 octobre 2018 par Blockstream. Elle fonctionne comme un réseau indépendant, mais avec un lien direct et vérifiable avec la chaîne principale Bitcoin. Lorsque vous transférez des BTC vers Liquid, ils sont bloqués sur Bitcoin, et une quantité équivalente de L-BTC (Bitcoin Liquid) est libérée sur la sidechain. Ce mécanisme de « peg » 1:1 garantit que 1 L-BTC vaut toujours 1 BTC. Pas de création monétaire, pas de volatilité supplémentaire - juste une version plus rapide et plus privée de Bitcoin.
Contrairement à des solutions comme Lightning Network, Liquid ne fonctionne pas en dehors de la chaîne principale. Il reste une chaîne blockchain à part entière, avec ses propres blocs, ses propres validateurs et ses propres règles. Ce qui le rend unique, c’est qu’il est conçu pour les institutions : banques, échanges, fonds d’investissement - des acteurs qui ont besoin de traiter de gros volumes sans attendre des heures.
Comment fonctionne le réseau ?
Le Liquid Network n’utilise pas le minage comme Bitcoin. Au lieu de cela, il repose sur un modèle de consensus fédéré. Plus de 70 entités - dont Kraken, Bitfinex, Coinbase Prime et Swissquote - font partie de la fédération. Parmi elles, 15 fonctionnaires sont sélectionnés pour signer chaque bloc. Pour qu’un bloc soit validé, il faut au moins 11 signatures sur 15. Cela rend le réseau résilient à la défaillance de quelques nœuds, mais il n’est pas entièrement décentralisé comme Bitcoin.
Les blocs sont générés toutes les 60 secondes, contre 10 minutes sur Bitcoin. Cela signifie que vos transactions sont confirmées en 1 à 2 minutes, pas en 60. Pour les traders qui doivent réagir rapidement aux mouvements de prix, c’est une différence cruciale.
Le réseau intègre aussi une technologie appelée Confidential Transactions. Elle cache les montants des transactions. Si vous envoyez 5 L-BTC à quelqu’un, les observateurs voient seulement qu’un transfert a eu lieu - mais pas le montant. Ce n’est pas un secret total (les adresses sont visibles), mais c’est bien plus discret que Bitcoin, où tout est public.
Les avantages : vitesse, confidentialité, tokenisation
Les trois piliers du Liquid Network sont clairs :
- Vitesse : 1 minute pour la finalisation, contre plus d’une heure sur Bitcoin.
- Confidentialité : les montants ne sont pas visibles sur la blockchain.
- Tokenisation d’actifs : vous pouvez créer vos propres jetons - stablecoins, obligations, actions, NFT - et les échanger directement sur la sidechain.
Par exemple, Tether a émis plus de 420 millions de dollars en USDT sur Liquid. SIX Digital Exchange, une bourse suisse, a tokenisé des actions pour un montant de 1,2 milliard de dollars. Ces actifs circulent rapidement, avec des frais de transaction d’environ 0,00001 L-BTC - soit environ 0,35 centimes de dollar - contre 1,50 $ sur Bitcoin en période normale.
Le réseau traite environ 1 000 transactions par seconde, contre 7 sur Bitcoin. C’est une différence énorme pour les échanges qui gèrent des milliers de transactions par minute.
Les inconvénients : centralisation et complexité
Le Liquid Network n’est pas parfait. Son principal défaut ? Il repose sur une confiance collective. Si 11 des 15 fonctionnaires sont corrompus ou piratés, ils pourraient voler les fonds bloqués. Ce n’est pas une menace théorique : les critiques disent que cela contredit l’idée fondamentale de Bitcoin - la confiance zéro.
Jameson Lopp, CTO de Casa, l’a dit clairement : « Vous échangez la résistance à la censure contre la vitesse. » Pour certains, c’est un compromis acceptable. Pour d’autres, c’est une trahison.
Un autre problème : la complexité. Faire un « peg-in » (envoyer des BTC pour obtenir des L-BTC) nécessite 102 confirmations sur Bitcoin - soit environ 17 heures. Beaucoup de nouveaux utilisateurs pensent que leur L-BTC apparaîtra en quelques minutes, et se retrouvent bloqués. Blockstream a signalé 127 cas de ce type au premier trimestre 2024.
Le « peg-out » (reconversion en BTC) est plus rapide - seulement 2 confirmations sur Liquid - mais il peut être ralenti si un membre de la fédération est en maintenance. Selon les données de SideSwap, 5,7 % des retraits rencontrent des retards.
Qui utilise Liquid Network ?
Les utilisateurs individuels sont rares. Seulement 11 % des transactions viennent de particuliers. Le reste ? Des institutions.
- Bitfinex : 37 % de son volume BTC est traité sur Liquid.
- Kraken : 28 % de ses transferts BTC utilisent la sidechain.
- BitMEX : 24 %.
Ensemble, ces trois échanges représentent plus de 89 % de l’activité du réseau. Ce n’est pas un outil pour les particuliers qui veulent envoyer un peu d’argent à un ami. C’est un outil pour les professionnels qui veulent déplacer des millions de dollars en quelques minutes, sans révéler les montants.
Le total verrouillé (TVL) sur Liquid a atteint 1,87 milliard de dollars en juin 2024 - soit 0,8 % de la capitalisation totale de Bitcoin. Ce n’est pas énorme, mais c’est stable, et en croissance de 63 % par an.
Comment commencer avec Liquid Network ?
Vous n’avez pas besoin de miner, ni d’acheter un ASIC. Pour utiliser Liquid, il vous faut simplement un portefeuille compatible.
- Blockstream Green : gratuit, sur iOS, Android et ordinateur. Le plus utilisé.
- Jade : un portefeuille matériel de 79 $, idéal pour les gros montants.
- AQUA : une version web, sans téléchargement.
Voici comment faire un peg-in :
- Ouvrez votre portefeuille Liquid.
- Sélectionnez « Peg-in ».
- Envoyez vos BTC à l’adresse fournie par votre portefeuille.
- Attendez 102 confirmations sur Bitcoin - environ 17 heures.
- Vos L-BTC apparaissent automatiquement.
Pour faire un peg-out, c’est l’inverse : vous envoyez des L-BTC, et vous recevez des BTC sur votre adresse Bitcoin après 2 confirmations sur Liquid.
Les erreurs les plus courantes ? Utiliser un portefeuille Bitcoin classique (comme Electrum) pour envoyer des BTC vers Liquid - ça ne marche pas. Ou confondre L-BTC avec un autre jeton. Blockstream signale que 32 % des appels d’assistance viennent de ce genre de confusions.
Que réserve l’avenir ?
Blockstream a annoncé Liquid v2, avec l’intégration des signatures Schnorr. Cela réduira la taille des transactions de 25 % et améliorera la confidentialité. Le déploiement est prévu pour le troisième trimestre 2024.
À l’horizon 2025, le réseau pourrait intégrer le protocole RGB, qui permettrait des contrats intelligents plus avancés - pas comme Ethereum, mais suffisamment pour gérer des obligations, des actions ou des options sur Bitcoin.
Le consensus reste divisé. Certains voient en Liquid une passerelle essentielle entre la finance traditionnelle et Bitcoin. D’autres pensent que si Bitcoin veut devenir une monnaie mondiale, il doit le faire sans dépendre de consortiums. Le débat n’est pas fini.
En attendant, Liquid continue de grandir. Avec plus de 70 membres dans la fédération, des milliards de dollars en circulation, et des institutions qui s’y appuient, il n’est pas prêt de disparaître. Il n’est pas une révolution - mais il est une solution pratique, pour un problème réel.
Quelle est la différence entre Liquid Network et Lightning Network ?
Liquid Network est une sidechain avec son propre blockchain, où les transactions sont traitées en 1 minute et où les montants sont cachés. Il permet aussi d’émettre des jetons comme des stablecoins. Lightning Network, lui, est une couche 2 qui crée des canaux de paiement entre utilisateurs pour des transactions quasi instantanées, mais sans tokenisation ni confidentialité des montants. Lightning est décentralisé ; Liquid repose sur une fédération.
Est-ce que Liquid Network est sécurisé ?
Oui, mais pas de la même manière que Bitcoin. Liquid utilise un modèle fédéré avec 15 validateurs, dont 11 doivent signer chaque bloc. Cela rend le réseau résistant à la défaillance de quelques nœuds. Cependant, si une majorité de ces validateurs est corrompue, ils pourraient voler les fonds bloqués. C’est un compromis : plus de vitesse et de confidentialité, mais moins de résistance à la censure.
Pourquoi les échanges utilisent-ils Liquid ?
Parce que les transactions sont rapides (1 minute), peu coûteuses (0,00001 L-BTC), et que les montants sont cachés. Cela permet de traiter de gros volumes sans exposer leurs positions aux autres utilisateurs. De plus, ils peuvent émettre des jetons propres (comme USDT) directement sur la sidechain, sans passer par la chaîne principale.
Puis-je utiliser Liquid Network pour envoyer des bitcoins à un ami ?
Techniquement, oui. Mais ce n’est pas pratique. Pour utiliser Liquid, vous devez d’abord faire un peg-in (17 heures d’attente). Si votre ami n’a pas de portefeuille Liquid, il ne pourra pas recevoir vos L-BTC. Pour les transferts simples, Bitcoin ou Lightning sont plus adaptés.
Quels sont les portefeuilles compatibles avec Liquid ?
Les principaux sont Blockstream Green (gratuit), Jade (portefeuille matériel), et AQUA (version web). Il existe aussi des intégrations dans certains logiciels d’entreprise comme BitGo et Casa. Les portefeuilles Bitcoin classiques comme Electrum ou Exodus ne supportent pas L-BTC.