Cadre suisse favorable aux crypto pour les entreprises : réglementation, licences et avantages
Mary Rhoton 9 janvier 2026 4

La Suisse est devenue l’un des rares endroits au monde où une entreprise peut lancer une solution crypto sans se perdre dans un labyrinthe de règles contradictoires. Pas de règles floues. Pas de suspensions soudaines. Pas de menaces de fermeture parce qu’un ministre a changé d’avis. Ici, la réglementation est claire, stable et conçue pour accompagner l’innovation - pas pour l’étouffer.

Comment la Suisse a créé son cadre crypto

Depuis 2016, la Suisse travaille à bâtir un système qui protège les consommateurs sans bloquer les startups. L’autorité de surveillance financière, la FINMA, a pris une approche différente : elle ne regarde pas ce que vous appelez votre produit, mais ce qu’il fait réellement. C’est ce qu’on appelle la règle « substance over form ». Si votre token ressemble à une action, il sera traité comme une action. S’il agit comme une monnaie, il sera traité comme une monnaie. Point final.

Cette logique a permis à des projets comme Ethereum, Solana et Tezos d’installer leur siège en Suisse. Pourquoi ? Parce que les fondateurs savent qu’ils ne seront pas déplacés la semaine suivante par une nouvelle loi. La FINMA publie des lignes directrices, pas des décrets. Elle donne des réponses avant qu’on pose la question.

Les quatre types de licences crypto en Suisse

Pour opérer légalement, une entreprise crypto doit obtenir une licence. Il n’y a pas de « zone grise ». Mais il y a quatre voies claires :

  • License fintech : la plus accessible. Permet d’accepter des dépôts en crypto jusqu’à 100 millions de francs suisses, à condition de ne pas les investir ni payer d’intérêts. En décembre 2024, seulement cinq entreprises avaient cette licence - mais elles sont les plus actives dans le secteur DeFi et les portefeuilles numériques.
  • License d’échange : pour les plateformes qui permettent d’échanger des crypto contre des devises ou d’autres actifs. Exige des systèmes de sécurité robustes, une séparation stricte des fonds clients et une traçabilité totale.
  • License de fonds d’investissement : pour les produits structurés comme les ETF crypto ou les fonds à gestion active. Nécessite une évaluation approfondie des risques et une transparence complète.
  • License bancaire : la plus exigeante. Réservée aux entreprises qui veulent détenir des dépôts, prêter ou émettre des monnaies numériques de banque centrale (CBDC). Très peu d’entreprises y accèdent - et pour cause : les exigences sont proches de celles d’une banque traditionnelle.

Le choix de la licence dépend de ce que vous faites. Pas de ce que vous voulez faire. La FINMA ne laisse pas de place aux interprétations.

Les règles anti-blanchiment : les plus strictes au monde

La Suisse ne se contente pas de dire « soyez transparent ». Elle oblige. Depuis 2019, la loi sur le blanchiment d’argent (AMLA) impose ce qu’on appelle la « Travel Rule » - bien plus strictement que l’UE ou les États-Unis.

Chaque transaction en crypto doit transporter les informations sur l’expéditeur et le bénéficiaire. Pas seulement le nom. Le prénom, l’adresse, le numéro d’identité. Même pour les transferts entre portefeuilles privés si la valeur dépasse 1 000 francs suisses. Les entreprises doivent vérifier l’identité de chaque client, identifier les bénéficiaires réels, surveiller les mouvements suspects, et signaler automatiquement tout comportement anormal au MROS, l’office suisse de signalement des activités suspectes.

Un entrepreneur américain a récemment tenté de lancer un service de paiement crypto en Suisse. Il pensait que son système était « assez sécurisé ». La FINMA lui a refusé la licence. Pourquoi ? Parce que son logiciel ne transmettait pas les données de l’expéditeur pour les transactions inférieures à 500 francs. En Suisse, ce n’est pas une erreur technique. C’est une violation.

Scène réglementaire où un entrepreneur américain est confronté à la règle de traçabilité des transactions.

Stablecoins : un terrain miné, mais pas interdit

Les stablecoins sont partout. Mais en Suisse, personne ne les régule directement. Pourquoi ? Parce que la FINMA les traite selon leur fonction réelle. Si un stablecoin est garanti par une banque, il peut échapper à la loi bancaire - mais la banque qui le garantit devient responsable. Si le stablecoin est utilisé pour des paiements de masse, il peut être classé comme un instrument financier.

En 2024, la FINMA a averti que les garanties bancaires pour les stablecoins créent un risque systémique. Si 100 000 personnes détiennent un stablecoin garanti par une banque suisse, et que cette banque fait faillite, les détenteurs perdent tout. La FINMA ne bloque pas ces projets - mais elle les met en garde. Et elle surveille chaque mouvement.

Les entreprises qui lancent des stablecoins en Suisse doivent donc choisir entre deux chemins : soit elles se soumettent à la loi bancaire, soit elles acceptent que leur projet soit considéré comme un risque non régulé - ce qui limite leur adoption par les institutions financières.

Avantages fiscaux : pas de taxe crypto, pas de surprise

En 2025, la Suisse n’a toujours pas de taxe sur les services numériques. Pas de taxe sur les crypto. Pas de taxe sur les gains en capital pour les particuliers. Même pour les entreprises, les bénéfices provenant de la vente de crypto sont traités comme des gains ordinaires - pas comme des revenus spéciaux.

Comparez cela à la France, où les gains crypto sont taxés à 30 %, ou à l’Allemagne, où les gains au-delà de 600 € par an sont imposables. En Suisse, si vous achetez du Bitcoin en janvier et le vendez en décembre, vous ne payez rien - tant que vous ne le convertissez pas en francs suisses. Et même si vous le faites, vous êtes traité comme un investisseur, pas comme un commerçant.

Ce cadre fiscal, combiné à la stabilité politique et à la qualité des infrastructures, fait de la Suisse un aimant pour les fonds de capital-risque et les startups technologiques.

La Suisse vs l’UE : pourquoi le choix est clair

L’Union européenne a adopté MiCA, une réglementation complète sur les actifs crypto. Elle est uniforme - mais rigide. Tous les pays de l’UE doivent suivre les mêmes règles, même si elles ne conviennent pas à leur économie locale.

La Suisse, elle, n’est pas membre de l’UE. Elle n’a pas à suivre MiCA. Mais si vous vendez vos services aux Européens, vous devez quand même vous conformer à MiCA. Cela crée un double système : pour les clients suisses, vous suivez la loi suisse. Pour les clients européens, vous suivez MiCA.

Cela peut sembler compliqué. Mais en pratique, c’est plus simple. Parce que la loi suisse est souvent plus stricte que MiCA. Donc, si vous respectez la Suisse, vous êtes déjà en conformité avec l’UE. Vous n’avez pas besoin de deux systèmes différents. Vous avez un seul système - et il est le plus sûr du monde.

Hub crypto en Suisse avec des développeurs, un stablecoin en danger et une taxe nulle célébrée.

Qui gagne vraiment avec ce cadre ?

Les entreprises qui veulent grandir. Pas celles qui veulent juste faire du quick cash.

Les startups suisses qui lèvent des fonds en crypto peuvent le faire légalement, sans craindre que leur plateforme soit fermée demain. Les banques traditionnelles comme UBS et Credit Suisse proposent désormais des services crypto à leurs clients institutionnels - parce que la réglementation leur donne les garanties nécessaires.

Les développeurs peuvent construire des applications DeFi sans avoir à se demander si leur code sera jugé illégal la semaine suivante. Les investisseurs peuvent placer leur argent dans des projets suisses avec confiance - parce que les règles sont les mêmes pour tout le monde.

Le résultat ? Plus de 1 000 entreprises crypto sont enregistrées en Suisse. La plupart d’entre elles ont leur siège à Zurich, à Lugano ou à Genève. Et chaque année, ce nombre augmente de 20 à 30 %.

Comment démarrer votre entreprise crypto en Suisse

Si vous voulez lancer une entreprise crypto en Suisse, voici les étapes réelles :

  1. Créez une société suisse : AG (société anonyme) ou GmbH (société à responsabilité limitée). Cela prend 2 à 4 semaines.
  2. Choisissez la licence adaptée à votre activité. Ne prenez pas la plus « facile » - prenez celle qui correspond à ce que vous faites vraiment.
  3. Concevez votre système KYC/AML selon les normes FINMA. Utilisez des outils certifiés. Ne faites pas de compromis.
  4. Soumettez votre demande à la FINMA. Attendez 6 à 12 mois. Ne cherchez pas à accélérer. La réglementation suisse ne se précipite pas - mais elle ne se trompe jamais.
  5. Une fois la licence obtenue, vous pouvez ouvrir un compte bancaire en Suisse. Les banques acceptent les entreprises crypto - mais seulement si elles sont régulées.

Il n’y a pas de raccourci. Mais il n’y a pas non plus de risque. Et c’est ça, la valeur du cadre suisse.

Les pièges à éviter

Beaucoup pensent que la Suisse est un paradis fiscal pour les crypto. Ce n’est pas vrai. C’est un paradis de réglementation.

Les pièges courants :

  • Croire qu’on peut éviter la KYC en utilisant des portefeuilles non-custodiaux. Impossible. Si vous gérez des fonds pour d’autres, vous êtes soumis à la loi.
  • Penser que la loi suisse est « laxiste ». Elle est au contraire l’une des plus exigeantes au monde.
  • Supposer que MiCA vous protège. Non. Si vous ciblez l’UE, vous devez respecter les deux systèmes - et la Suisse est souvent plus strict.
  • Ignorer les exigences de la Basel Committee sur les expositions crypto. À partir de janvier 2026, les banques suisses devront classer les crypto comme des actifs à risque élevé. Cela affectera les partenariats avec les institutions financières.

Le succès en Suisse ne vient pas de la loi. Il vient du respect de la loi.

Quelle est la différence entre une licence fintech et une licence bancaire en Suisse ?

La licence fintech permet d’accepter des dépôts en crypto jusqu’à 100 millions de francs suisses, sans payer d’intérêts ni investir les fonds. La licence bancaire, elle, autorise à prêter, à émettre de la monnaie et à détenir des dépôts sans limite - mais exige un capital minimum de 10 millions de francs, une surveillance bancaire stricte et des audits trimestriels. La fintech est pour les startups ; la banque est pour les institutions.

Les stablecoins sont-ils légaux en Suisse ?

Oui, mais ils ne sont pas spécifiquement régulés. La FINMA les traite selon leur fonction : si un stablecoin est garanti par une banque, cette banque devient responsable. Si le stablecoin est utilisé comme monnaie de paiement, il peut être classé comme un instrument financier. Aucun projet ne peut échapper à l’obligation de respecter les règles anti-blanchiment.

Dois-je payer des impôts sur mes gains en crypto en Suisse ?

Non, pour les particuliers : les gains en capital sur les crypto ne sont pas imposés tant qu’ils ne sont pas convertis en monnaie fiduciaire. Pour les entreprises, les gains sont traités comme des revenus ordinaires, mais sans taxe spécifique sur les crypto. Aucune taxe sur les services numériques n’existe en Suisse en 2025.

La Suisse est-elle plus sûre que l’UE pour les entreprises crypto ?

Oui, si vous voulez de la stabilité. La Suisse n’a pas de loi comme MiCA qui peut changer du jour au lendemain. Ses règles sont établies par la FINMA, qui agit par consensus et prévisibilité. Si vous respectez la loi suisse, vous êtes souvent déjà conforme à MiCA - ce qui réduit la complexité juridique.

Puis-je lancer une entreprise crypto en Suisse sans être résident ?

Oui. Vous n’avez pas besoin d’être résident suisse. Vous devez simplement créer une société suisse (AG ou GmbH) et respecter les exigences de la FINMA. De nombreuses entreprises crypto étrangères ont leur siège en Suisse sans avoir de personnel local.

4 Commentaires

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    Nathalie Farigu

    janvier 10, 2026 AT 04:08

    Je viens de lancer mon projet en Suisse, et franchement, c’est du gâteau comparé à la France.

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    Xavier Carr

    janvier 10, 2026 AT 13:13

    Tout ça c’est du vent. La Suisse, c’est juste un paradis pour les riches qui veulent éviter les impôts. La FINMA, c’est une façade. Tu penses qu’ils sont transparents ? Regarde les loopholes dans les stablecoins. Personne ne parle de ça. Et puis, 100 millions de francs pour une fintech ? C’est une blague ? Les vrais startups, elles ont 50k et un laptop.


    Je connais trois startups qui ont été bloquées pour un bug dans leur KYC. La FINMA les a étranglées avant même qu’elles démarrent. Et tu veux parler d’innovation ?


    La loi suisse est stricte ? Oui. Mais elle est aussi lente comme une tortue en hiver. Tu attends 12 mois pour une licence, pendant que tes concurrents chinois ont déjà lancé trois produits. Tu crois que ça aide l’innovation ? Non. Ça aide les gros acteurs à écraser les petits.


    Et puis, tu dis que c’est plus simple que MiCA ? Mais si tu vends à l’UE, tu dois faire double travail. C’est pas plus simple, c’est juste plus cher. Et les banques suisses ? Elles te demandent des garanties de 5 millions avant même de regarder ton code. Tu penses qu’une startup avec 200k de capital peut faire ça ?


    La Suisse, c’est pas un paradis. C’est un musée. Tous les trucs sont bien rangés, bien étiquetés… mais ils sont morts.

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    Alexis Dick

    janvier 10, 2026 AT 16:18

    La FINMA c’est pas une autorité, c’est un tribunal de la bureaucratie. Ils veulent que tu leur montres ton âme avant de te laisser émettre un token. Et la Travel Rule ? 1000 francs ? C’est quoi cette folie ? Si je transfère 999 francs à mon cousin, je suis un criminel ?


    Et les stablecoins ? Ils disent qu’ils sont pas régulés… mais si ta banque les garantit, elle devient responsable… donc en fait, ils les régulent indirectement. C’est pas de la clarté, c’est de la manipulation.


    Et les impôts ? Tu dis que c’est gratuit ? T’es sûr ? Tu oublies que si tu vends en CHF, tu dois déclarer… et si tu as un compte en Suisse, les banques te demandent des justificatifs de source de fonds. Donc en réalité, tu es plus surveillé qu’en France. C’est pas une liberté, c’est une prison dorée.

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    Anne Smyers

    janvier 11, 2026 AT 20:44

    Je trouve ce cadre à la fois fascinant et tragique. La Suisse a réussi à transformer l’innovation en une cérémonie rituelle, où chaque virgule est sanctifiée, chaque ligne de code jugée par un comité de sept fonctionnaires en costume. Le résultat ? Un écosystème parfaitement stérile. Les startups ne meurent pas ici - elles s’endorment, lentement, sous un silence de bibliothèque.


    On admire la rigueur, mais on oublie que l’histoire ne retient pas les pays qui respectent les règles - elle retient ceux qui les brisent.


    La FINMA ne protège pas l’innovation. Elle la muséifie.

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