Comment les Indonésiens négocient légalement des cryptomonnaies en 2026
Mary Rhoton 5 janvier 2026 4

Les cryptomonnaies sont légales en Indonésie - mais seulement comme investissement

En Indonésie, vous pouvez acheter, vendre et échanger des cryptomonnaies légalement. Mais vous ne pouvez pas les utiliser pour payer votre café, votre facture d’électricité ou un billet de train. Depuis le 10 janvier 2025, la régulation a changé du tout au tout : l’autorité des services financiers (OJK) a pris le contrôle total du marché, remplaçant l’ancienne agence BAPPEBTI. Ce n’est plus une question de commerce de marchandises. Les cryptomonnaies sont désormais classées comme actifs financiers numériques, comme les actions ou les obligations. Et avec cette nouvelle catégorie vient un cadre strict, des taxes claires, et des règles de conformité que tout trader doit respecter - ou risquer la suspension de son compte.

Les 22 échanges agréés : où trader en toute légalité

Pour trader légalement, vous devez passer par une plateforme autorisée par l’OJK. Il n’y en a que 22 en 2026. Les plus populaires sont Indodax, Tokocrypto et Pintu, qui ensemble contrôlent plus de 90 % du marché. Indodax, le plus grand, compte 8,7 millions d’utilisateurs. Si vous utilisez une plateforme étrangère comme Binance ou Kraken, vous êtes en violation des règles fiscales, même si vous n’enfreignez pas la loi sur le trading en soi.

Chaque échange doit répondre à des exigences rigoureuses : un capital minimum de 5 milliards d’IDR (environ 325 000 USD), des systèmes de sécurité certifiés ISO/IEC 27001, et un suivi en temps réel des transactions. Toute opération supérieure à 500 millions d’IDR (32 500 USD) doit être signalée automatiquement. Les plateformes doivent aussi se connecter au système national de surveillance financière (SIM-LKD) et au système de déclaration fiscale (NSW). Si elles ne le font pas, leur licence est suspendue immédiatement.

Le système fiscal : 0,21 % ou 1 % - le choix qui coûte cher

La réforme fiscale de août 2025 (PMK 50/2025) a radicalement simplifié la taxation. Plus de TVA. Plus de déclarations complexes. Maintenant, il n’y a que deux taux d’impôt sur le revenu final :

  • 0,21 % : si vous tradez sur un échange local agréé (Indodax, Tokocrypto, etc.)
  • 1 % : si vous utilisez une plateforme étrangère ou si vous déclarez vous-même vos transactions

Cela signifie qu’un trader qui fait 100 millions d’IDR de bénéfices sur Indodax paie 210 000 IDR (environ 14 USD). Même montant sur Binance ? 1 million d’IDR (environ 65 USD). Ce différentiel de 0,79 % est intentionnel : le gouvernement veut forcer les traders vers les plateformes locales. Mais cela a aussi un effet secondaire : après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, le volume des transactions sur les échanges indonésiens a chuté de 15,3 % en un mois, selon le rapport de l’OJK. Beaucoup ont migré vers des plateformes étrangères, ignorant le taux plus élevé - ou pensant que c’était une simple suggestion.

Un régulateur OJK pèse des plateformes de crypto avec des taux d’impôt différents en forme de pièces.

Comment commencer : les 4 étapes obligatoires

Ne vous attendez pas à un processus rapide. Depuis que l’OJK a pris le relais, l’inscription prend entre 3 et 7 jours ouvrables. Voici ce que vous devez faire :

  1. Inscrivez-vous sur un échange agréé (liste disponible sur ojk.go.id)
  2. Envoyez votre KTP (carte d’identité nationale) et votre NPWP (numéro d’identification fiscale)
  3. Passez un test de littératie financière : 15 questions sur les risques des cryptomonnaies. Il faut au moins 80 % de bonnes réponses.
  4. Liez votre compte bancaire indonésien (banque enregistrée auprès de Bank Indonesia)

Le test est souvent la partie la plus difficile. Beaucoup échouent la première fois. Il ne s’agit pas de connaître les prix du Bitcoin. Il s’agit de comprendre la volatilité, les arnaques, les risques de perte totale. Une fois passé, vous pouvez déposer de l’IDR et commencer à trader.

Les pièges courants et les erreurs coûteuses

Les erreurs les plus fréquentes ne viennent pas de la technique - elles viennent de la méconnaissance des règles.

  • Confondre la fiscalité avec la légalité : Trader sur Binance n’est pas illégal, mais vous payez 1 % d’impôt. Et si vous ne le déclarez pas, vous risquez des amendes.
  • Ne pas déclarer les transactions multilatérales : Si vous achetez Bitcoin sur Indodax, le transférez sur une wallet, puis le vendez sur un échange étranger, vous avez deux transactions. L’impôt doit être calculé sur chaque étape. 34,7 % des utilisateurs ont fait une erreur sur ce point, selon une enquête de Sanction Scanner.
  • Ignorer les limites de transfert : Tout transfert vers l’étranger supérieur à 100 millions d’IDR (6 500 USD) nécessite une autorisation spéciale de l’OJK. Sans cela, votre compte peut être gelé.
  • Penser que la taxe de 1 % est optionnelle : Un trader de Jakarta a perdu 0,05 BTC (2 850 USD) parce qu’il a cru que la taxe n’était qu’un conseil. L’OJK a réclamé la somme + pénalités.
Des jeunes en Indonésie utilisent des apps crypto, mais seuls certains sont approuvés par l’OJK.

Les prochains changements : ce qui va arriver en 2026

Le cadre actuel n’est pas figé. Deux changements majeurs sont en préparation :

  • Verifications de réserves obligatoires : À partir du 1er janvier 2026, chaque échange agréé doit prouver qu’il détient les actifs qu’il affiche. Cela met fin aux arnaques de type "pump and dump" où les plateformes prétendent détenir des BTC qu’elles n’ont pas.
  • Stablecoins et paiements : L’OJK discute avec Bank Indonesia de permettre l’usage de certaines stablecoins (comme USDT ou USDC) pour les transferts transfrontaliers. Ce ne serait pas pour payer dans les magasins, mais pour envoyer de l’argent à l’étranger plus vite et moins cher que les virements bancaires classiques.

Le gouvernement envisage aussi de taxer les récompenses de staking en 2026. Pour l’instant, elles sont dans une zone grise. Si vous gagnez des intérêts en laissant vos cryptos sur une plateforme, vous ne les déclarez pas encore - mais cela pourrait changer.

Qui trade en Indonésie ? Les chiffres réels

Le marché compte 14,3 millions d’utilisateurs actifs - soit presque 5 % de la population. Mais il est loin d’être équilibré :

  • 68,3 % ont entre 18 et 35 ans
  • 76,4 % sont des hommes
  • 54,2 % vivent sur l’île de Java (Jakarta, Bandung, Surabaya)

Les petites villes et les zones rurales sont presque absentes du marché. La littératie financière reste faible, et les campagnes d’information sont encore rares. L’OJK a créé un portail d’aide en ligne (portal.lkd.ojk.go.id) et une hotline (021-157-8900), mais les temps de réponse moyens sont de 4,7 heures. Ce n’est pas un service client rapide - c’est un système de contrôle.

Conclusion : un marché mature, mais avec des limites

L’Indonésie a créé l’un des cadres les plus clairs d’Asie du Sud-Est pour les cryptomonnaies. Il n’y a pas de prohibition. Il n’y a pas de chaos. Il y a des règles, des taxes, et des conséquences. C’est un modèle qui favorise la transparence, mais qui pénalise ceux qui cherchent à contourner les lois.

Si vous voulez trader légalement, vous n’avez pas besoin de vous cacher. Vous avez besoin de comprendre les règles, de choisir un échange agréé, et de payer les 0,21 %. C’est le prix de la sécurité. Et pour la plupart des traders indonésiens, c’est un prix qu’ils sont prêts à payer - tant que le système continue de fonctionner.

4 Commentaires

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    Nathalie Farigu

    janvier 6, 2026 AT 07:14
    C'est fou qu'on doive passer un test pour trader des crypto... j'ai échoué deux fois, j'ai cru que c'était un piège.
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    moustapha mbengue

    janvier 6, 2026 AT 13:14
    En Afrique on rêve de ce genre de clarté. Ici c'est le wild west avec les crypto.
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    Mathieu Godart

    janvier 7, 2026 AT 17:00
    Le taux de 0,21 % c'est une blague ? J'ai payé plus que ça en frais de retrait sur Binance l'année dernière.
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    Thierry Behaeghel

    janvier 8, 2026 AT 15:01
    Le gouvernement veut forcer les gens vers les échanges locaux ? C'est du protectionnisme à l'ancienne. Ils ont oublié que les gens veulent des choix, pas des prisons fiscales.

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