Comment les Jordaniens ont négocié des crypto-monnaies malgré les restrictions bancaires avant 2025
Mary Rhoton 6 novembre 2025 10

Calculateur de risques P2P crypto en Jordanie

Avant la loi de septembre 2025, les échanges de crypto-monnaies en Jordanie se faisaient principalement via des marchés P2P (peer-to-peer), avec de nombreux risques non couverts par les régulations. Ce calculateur est basé sur les données historiques des échanges illégaux en Jordanie pour estimer les pertes potentielles.

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Avant la loi de 2025, le trading crypto en Jordanie se faisait dans l’ombre

En 2024, si vous vouliez acheter du Bitcoin en Jordanie, vous ne pouviez pas le faire via votre banque. Aucun établissement financier n’était autorisé à traiter des crypto-monnaies. Le Central Bank of Jordan avait interdit formellement toute utilisation des cryptos dans le système financier local. Pourtant, des milliers de Jordaniens continuaient d’acheter, de vendre et de stocker des actifs numériques. Comment ? En contournant complètement les banques.

Le système bancaire jordanien, strictement régulé, refusait toute transaction liée à Bitcoin, Ethereum ou même aux stablecoins comme USDT. Les comptes étaient surveillés. Les transferts vers des plateformes étrangères comme Binance ou Kraken étaient bloqués ou signalés. Ce n’était pas une question de technologie - c’était une question de politique. Les autorités craignaient la volatilité, le blanchiment d’argent, et la perte de contrôle sur les flux financiers.

Le marché P2P : la seule porte de sortie

Les Jordaniens n’ont pas arrêté d’investir. Ils ont juste changé de méthode. Le marché peer-to-peer (P2P) est devenu le seul canal viable. Imaginez un système de troc numérique : vous trouvez quelqu’un dans votre ville - Amman, Irbid ou Zarqa - qui veut vendre des Bitcoin. Vous vous retrouvez dans un café, vous échangez de l’argent liquide contre une clé privée ou un transfert via une application comme Paxful ou LocalBitcoins. Pas de banque. Pas de trace officielle. Juste deux personnes, un téléphone, et une transaction.

Ces échanges se faisaient souvent en espèces, par transfert bancaire interne (en dinars jordaniens), ou via des services de transfert d’argent comme Western Union, où l’argent était envoyé à un tiers qui le convertissait en crypto. Certains utilisaient des comptes bancaires à l’étranger, ou des comptes en dirhams marocains ou en livres turques, pour contourner les restrictions locales. Ce n’était pas légal, mais c’était pratique. Et surtout, c’était la seule option.

Les risques étaient énormes

Trading en P2P, c’est comme jouer à la roulette russe sans savoir si la balle est dans le chargeur. Pas de garantie. Pas de recours. Si la personne disparaît après avoir reçu votre argent, vous n’avez aucun droit. Si votre téléphone est piraté et que vos clés privées sont volées, vous perdez tout. Les escroqueries étaient courantes. Certains vendeurs proposaient des taux trop avantageux pour attirer les débutants, puis disparaissaient. D’autres demandaient des preuves d’identité, puis utilisaient ces données pour du phishing.

Et puis il y avait le risque légal. Même si la loi ne criminalisait pas explicitement la détention de crypto, elle interdisait toute transaction avec des plateformes non autorisées. Si la police ou la banque découvrait que vous aviez envoyé 5 000 dinars jordaniens vers Binance, vous pouviez être interrogé. Certains ont eu leurs comptes gelés. D’autres ont reçu des avertissements officiels. Personne ne voulait attirer l’attention - mais personne ne voulait non plus manquer cette opportunité.

Un groupe d'amis effectue un échange P2P de crypto-monnaies avec des reçus et une carte du Moyen-Orient.

Les talents partaient, la technologie restait

Le manque de cadre légal a eu un effet collatéral : les développeurs, les ingénieurs et les entrepreneurs du secteur crypto ont quitté la Jordanie. Talal Tabbaa, fondateur de CoinMENA, l’un des plus grands échangeurs de crypto au Moyen-Orient, a dû déménager son entreprise à Dubaï. Il n’était pas le seul. Des équipes entières ont migré vers le Liban, l’Égypte ou les Émirats Arabes Unis, où les lois étaient plus claires et les opportunités plus nombreuses.

Cela a créé un vide. La Jordanie avait une population jeune, technologiquement avide, et une forte culture d’entrepreneuriat. Mais sans cadre, elle a perdu sa chance de devenir un hub fintech régional. Pendant ce temps, les Émirats Arabes Unis accueillaient plus de 500 000 traders de crypto chaque jour, avec des licences claires, des garanties de sécurité, et des infrastructures juridiques solides.

La loi de septembre 2025 : un tournant historique

Le 14 septembre 2025, tout a changé. La Virtual Assets Transactions Regulation Law (Loi n°14) est entrée en vigueur. Pour la première fois, les crypto-monnaies étaient reconnues comme des actifs légaux. Le Jordan Securities Commission (JSC) a été désigné comme l’autorité de régulation. Les plateformes d’échange, les services de garde, et les fournisseurs de paiement en crypto peuvent désormais obtenir une licence officielle.

La loi définit clairement ce qu’est un actif virtuel : une représentation numérique de valeur pouvant être échangée, transférée ou utilisée pour des paiements ou des investissements. Cela inclut Bitcoin, Ethereum, les stablecoins non émis par la banque centrale, et même les NFT à valeur économique. Mais elle exclut les titres financiers déjà régis, les monnaies numériques de la banque centrale, et les fonds d’investissement.

Les entreprises doivent désormais avoir un siège social en Jordanie, respecter des normes de KYC (connaissances du client) et AML (lutte contre le blanchiment), et soumettre des rapports trimestriels. La promotion ou l’exploitation de services non autorisés est interdite - avec des amendes lourdes.

Des clients achètent des cryptos légalement dans une banque moderne en Jordanie, tandis qu'un ancien système disparaît.

Le P2P est-il mort ?

Non. Mais il est en train de disparaître. Avant 2025, le P2P était la seule option. Maintenant, il existe des plateformes locales agréées comme JordanCrypto Exchange et HashJordan, qui permettent d’acheter des crypto avec un virement bancaire local, sans tricherie, sans risque, et avec une protection juridique.

Les jeunes qui se rendaient dans les cafés pour échanger des Bitcoin en espèces commencent à utiliser des applications légales. Les entreprises qui vendaient des crypto en sous-main ferment. Les banques, désormais autorisées à collaborer avec les VASPs (fournisseurs de services sur actifs virtuels), ouvrent des portes. Les transactions sont traçables, sécurisées, et légales.

Le changement n’est pas seulement technique. Il est culturel. Les Jordaniens n’ont plus à choisir entre risque et opportunité. Ils peuvent maintenant investir en toute sécurité, sans avoir à fuir leur pays pour le faire.

Que reste-t-il de l’ancien système ?

Les anciens traders, ceux qui ont appris à négocier dans l’ombre, sont maintenant les premiers utilisateurs des nouvelles plateformes. Ils connaissent les pièges. Ils savent comment vérifier un échangeur. Ils comprennent les risques de la volatilité. Ils ne sont pas des novices - ils sont des experts qui ont survécu à un système hostile.

Les universités ont commencé à proposer des cours sur les actifs virtuels. Les incubateurs tech accueillent des startups de blockchain. Le gouvernement organise des hackathons sur les applications de finance décentralisée. La Jordanie, qui était en retard, rattrape rapidement son retard - mais cette fois, en suivant les règles.

Le futur est régulé - et c’est une bonne nouvelle

La loi de 2025 ne signifie pas que tout est parfait. Les plateformes locales sont encore en phase de développement. Les tarifs sont parfois plus élevés que sur les échanges internationaux. Les services de garde sont encore rares. Mais le cadre existe. Et c’est ce qui compte.

Les Jordaniens n’ont plus besoin de se cacher. Ils n’ont plus besoin de voyager à Dubaï pour investir. Ils n’ont plus besoin de risquer leur argent sur des échanges informels. La technologie est là. Les outils sont là. Et maintenant, la loi aussi.

Le trading crypto en Jordanie n’est plus un acte de rébellion. C’est une activité financière comme une autre. Et c’est la meilleure preuve que la régulation, quand elle est bien faite, ne tue pas l’innovation - elle la libère.

Pourquoi les banques jordaniennes interdisaient-elles les crypto-monnaies avant 2025 ?

La Banque centrale de Jordanie (CBJ) interdisait les crypto-monnaies par crainte de la volatilité, du blanchiment d’argent, et de la perte de contrôle sur les flux financiers. Elle considérait que les cryptos n’étaient pas des monnaies légitimes et qu’elles menaçaient la stabilité du système bancaire national.

Comment les Jordaniens achetaient-ils du Bitcoin avant la loi de 2025 ?

Ils utilisaient principalement des marchés peer-to-peer (P2P) : des échanges directs en espèces ou via des transferts bancaires internes avec d’autres particuliers. Des plateformes comme Paxful ou LocalBitcoins étaient populaires, mais sans aucune protection légale. Certains utilisaient des comptes à l’étranger ou des services de transfert comme Western Union pour contourner les restrictions.

Quels sont les risques du trading P2P en Jordanie ?

Les risques incluent la fraude (personnes qui disparaissent après réception de l’argent), le piratage des portefeuilles, l’absence de recours juridique, et le risque d’être poursuivi par les autorités. Il n’y avait aucune garantie, aucune assurance, et aucune obligation de transparence de la part des vendeurs.

Qu’est-ce que la loi n°14 de 2025 sur les actifs virtuels ?

C’est la première loi jordanienne qui légalise et régule les actifs virtuels. Elle permet aux plateformes d’échange, de garde et de paiement en crypto d’obtenir une licence du Jordan Securities Commission (JSC). Elle exige un siège social en Jordanie, des normes KYC/AML, et interdit les services non autorisés. Les crypto-monnaies sont désormais reconnues comme des actifs légaux pour les paiements et les investissements.

Les plateformes P2P sont-elles toujours utilisées après la loi de 2025 ?

Elles sont en voie de disparition. Les Jordaniens ont désormais accès à des échanges locaux agréés, où ils peuvent acheter des crypto avec leur compte bancaire, en toute sécurité et légalement. Les transactions P2P restent possibles, mais elles sont de plus en plus rares, car elles n’offrent plus aucun avantage pratique face aux options légales.

10 Commentaires

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    Julien Malabry

    novembre 7, 2025 AT 07:30
    Incroyable ce que les gens peuvent accomplir quand les banques disent non !
    La Jordanie a prouvé que la volonté humaine dépasse la bureaucratie.
    Bravo à eux !
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    James Kaigai

    novembre 9, 2025 AT 03:15
    C’est fou comment la tech trouve toujours un chemin 😍
    Le P2P c’était du pur génie de la rue 🙌
    Mais bon, maintenant qu’il y a des plateformes légales, c’est encore mieux ! 💪
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    Lizzie Perrin

    novembre 10, 2025 AT 10:24
    jai lu ca trois fois et jai encore des larmes...
    les gens qui trichent avec les systemes pour survivre... cest pas de la rebellion cest de la poesie...
    et maintenant ils ont un cadre... cest presque trop beau pour etre vrai...
    je me demande si on a tous un peu de jordanien en nous...
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    Adrien GAVILA

    novembre 10, 2025 AT 19:36
    Regulation = contrôle.
    On a remplacé un système opaque par un système transparent... mais toujours sous surveillance.
    Les VASPs ? C’est juste du capitalisme de licence.
    Et les banques ? Elles vont facturer 17€ par transaction maintenant.
    On a échangé un risque contre un autre.
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    Arnaud Gawinowski

    novembre 11, 2025 AT 16:45
    Je pleure. Vraiment.
    Je pense à tous ces gars dans les cafés d’Amman, avec leurs portables et leurs sacs de dinars.
    C’était du cinéma.
    Et maintenant ?
    On leur a donné un formulaire à remplir.
    On leur a pris leur âme.
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    Andre Swanepoel

    novembre 11, 2025 AT 18:12
    Je trouve ça profondément humain.
    Ces gens n’ont pas attendu que quelqu’un leur donne la permission.
    Ils ont juste agi.
    Et maintenant, la loi les suit.
    C’est rare.
    C’est beau.
    On devrait en faire un documentaire.
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    Mehdi Alba

    novembre 12, 2025 AT 23:49
    Tu crois que c’est vraiment fini ?
    La loi de 2025 ?
    Un piège.
    La banque centrale veut tracer chaque satané Satoshi.
    Et quand tu vas vouloir vendre ton BTC pour payer ton loyer ?
    Elle va te demander : "D’où viennent ces 12 000 dinars ?"
    Et si tu réponds "d’un café à Irbid" ?
    ... Tu deviens suspect.
    La liberté, c’est juste une étape avant la surveillance.
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    Djamila Mati

    novembre 13, 2025 AT 13:50
    Je suis marocaine. On a vécu la même chose.
    Les marchés P2P à Casablanca, les transferts via les cousins à Istanbul...
    La Jordanie n’est pas seule.
    Mais ici, on a eu la loi.
    Et ça change tout.
    Le respect, c’est ce qu’on mérite.
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    Vianney Ramos Maldonado

    novembre 13, 2025 AT 18:54
    Il convient de souligner que la réglementation des actifs virtuels, bien qu’apparemment bénéfique, introduit un cadre légal qui pourrait, à terme, entraver l’innovation décentralisée.
    La reconnaissance par la Jordan Securities Commission constitue une forme de légitimation étatique qui contredit les principes fondamentaux de la blockchain.
    Il est donc raisonnable de s’interroger sur la pérennité de cette transition, dans la mesure où elle repose sur une autorité centralisée.
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    Laurent Rouse

    novembre 14, 2025 AT 13:11
    Ah oui, bien sûr, la "régulation"...
    Comme si les Européens avaient le droit de nous dire comment vivre notre économie.
    La Jordanie a survécu à 40 ans de blocus, et maintenant on va leur dire "merci pour le P2P, mais on va vous mettre un contrôle de conformité" ?
    Je suis outré.
    C’est de la colonisation financière.
    Et les banques ? Elles vont se mettre à prendre 30% sur chaque transaction.
    Je vous le dis : ça va mal finir.

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